ANDRÉ MAGINOT L'homme politique et sa légende

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Un programme de fortifications

De retour au ministère de la Guerre en Novembre 1929, il déclare d'emblée qu'il va appliquer sans restriction le nouveau statut de l'armée et active la réalisation du programme de fortifications approuvé le 17 janvier 1929 par le gouvernement Poincaré sur proposition de Painlevé après des années de débat. Il fait ainsi voter, en 1929, d'importants crédits à l'extrême fin de la session parlementaire. Le texte adopté sans vote nominal, le matin, à la Chambre est adopté, l'après-midi, au Sénat. Rapidité tout à fait exceptionnelle sous la Troisième République !

S'il tient à ce que les ouvrages soient terminés pour 1934, avant l'arrivée des classes creuses, les fortifications ne sont cependant pas pour Maginot la panacée. "On ne peut jamais affirmer qu'une organisation militaire, quelle qu'elle soit, mette un pays à l'abri de tout risque" déclare-t-il dans une interview au Journal en Août 1930. "La justice de la cause pour laquelle elle se bat, son moral et sa faculté de résistance, ses alliances, sa situation financière et économique, ses possibilités industrielles sont pour une nation des facteurs de succés qui ne sont pas moins importants que la force militaire dont elle peut disposer".

Le 2 janvier 1930, le général Weygand, considéré à gauche comme un "clérical factieux" a été nommé Chef d'Etat-major général de l'armée sur proposition de Maginot qui a pris la précaution de lui faire signer une profession de foi républicaine. Pour faire bonne mesure, Tardieu a exigé la nomination conjointe, comme sous-chef de l'Etat-major général, d'un de ses amis, plutôt classé à gauche, le général Gamelin. Le général Weygand, disciple du maréchal Foch, et le général Gamelin, collaborateur de prédilection du maréchal Joffre, prennent ainsi en charge un système de défence largement inspiré par le maréchal Pétain dont ils ne peuvent remettre en cause les fondements mais qu'ils peuvent, le cas échéant, réorienter partiellement.

Des crédits pour les besoins des armées

On peut penser que Maginot a voulu , plus encore que dans la période 1922-1924, faire une synthèse entre les orientations du maréchal Pétain et celles des maréchaux Foch et Joffre. Le 26 avril 1930, le général Weygand remet à son ministre une note confidentielle très alarmante. Sensible à son argumentation, Maginot approuve le 4 juillet 1930 un programme comportant la motorisation de 5 divisions d'infanterie et de 5 brigades de cavalerie ainsi que la transformation d'une division légère mécanique. La semaine suivante, le gouvernement demande, la veille de la clôture de la session parlementaire, l'ouverture d'un crédit de 1,125 milliard de Francs pour les besoins de l'armée de terre, de la marine et de l'aviation. "Ce ne sont pas toujours les armées qui causent les guerres, ce sont les hommes avec leurs passions, leurs vanités, leurs rivalités d'intérêt. Ce qu'il faudrait désarmer, c'est la nature humaine", déclare aussi Maginot. Chargé de préparer la position française lors de la conférence dite du désarmement, il refuse toute réglementation uniforme avec des barêmes et des pourcentages qui ne tiendraient pas compte de la situation et des responsabilités de chaque pays et lie l'éventuelle réduction des dépenses militaires à un pacte d'assistance mutuelle contre toute agression. Terrassé par la maladie, il ne peut défendre ces vues à la conférence de Genève.


  

Le 7 janvier 1932, il meurt de la typhoïde à 55 ans. Le pays lui fait des obsèques nationales. Il faut attendre 1935 pour voir apparaître l'expression "Ligne Maginot" dans les médias, formule lancée, semble-t-il par Louis Jacquinot, député de la Meuse. La formule fait fortune avant guerre mais se retourne ensuite contre Maginot, victime en quelque sorte de sa légende. Tandis que les touristes affluent dans quelques ouvrages sauvegardés de la ligne qui porte son nom, MAGINOT, ministre courageux et efficace, est devenu malheureusement, pour beaucoup, un bouc émissaire facile qui évite de se poser la question des responsabilités collectives sur la longue durée.

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- Texte de Marc SORLOT, Docteur en histoire -